Avec 40 000 € de chiffre d'affaires en services et 10 000 € de frais, un entrepreneur individuel célibataire paie 445 € d'impôt sur le revenu en micro-entreprise, 628 € au régime réel et 1 500 € d'impôt sur les sociétés à l'IS. Ce sont pourtant les cotisations sociales, de 6 100 € à 9 500 €, qui décident de votre revenu. Voici les deux postes chiffrés, avec le calendrier des premiers paiements.

Impôt entreprise individuelle : 3 régimes comparés à 40 000 € de CA

Hypothèses : création début 2026, prestations de services BIC, 10 000 € de frais, célibataire sans autre revenu, barème 2026, sans ACRE. L'EI relève de l'impôt sur le revenu de plein droit ; l'IS est une option ouverte par la loi n° 2022-172 du 14 février 2022, qui l'assimile alors à une EURL.

Poste Cas 1 : micro Cas 2 : réel IR Cas 3 : option IS Base imposable 20 000 € (abattement 50 %) 21 147 € 10 000 € de bénéfice Cotisations sociales 8 520 € 9 497 € 6 122 € Impôt 445 € (680 € en VFL) 628 € 1 500 € d'IS + 0 € d'IR Disponible pour vous 21 035 € 19 875 € 13 878 € + 8 500 € en réserve

Cas 1 : micro-entreprise, 445 € d'impôt ou 680 € avec le versement libératoire

Le régime micro s'applique d'office l'année de création, sous 83 600 € de CA en services (203 100 € en vente), seuil proratisé la première année. Aucun frais n'est déduit : un abattement forfaitaire de 50 % donne une base de 20 000 €.

Sur cette base, le barème donne (20 000 − 11 600) × 11 % = 924 € d'impôt brut. La décote du célibataire (897 € − 45,25 % de l'impôt brut, soit 479 €) le ramène à 445 €. Les cotisations Urssaf atteignent 21,2 % du CA, soit 8 480 €, plus 40 € de contribution à la formation professionnelle (0,1 %).

Le versement forfaitaire libératoire (VFL) remplace le barème par 1,7 % du CA dès le premier euro : 680 €, soit 235 € de plus. Il n'est accessible que si votre revenu fiscal de référence 2024 ne dépasse pas 29 315 € par part.

Le VFL ne paie qu'avec une tranche marginale élevée. En vente (abattement 71 %, VFL 1 %), 40 000 € de CA donnent une base de 11 600 € : impôt nul au barème, 400 € en VFL. En BNC (abattement 34 %, VFL 2,2 %), le VFL coûte 880 € contre 1 468 € au barème : là, il gagne.

Cas 2 : régime réel à l'IR, 628 € d'impôt mais 9 497 € de cotisations

Au réel simplifié (liasse 2033-A à G), vos frais sont déduits : le revenu brut tombe à 30 000 €. Depuis 2025, l'assiette sociale vaut ce revenu moins 26 %, soit 22 200 €. Retraite de base (17,87 %) et complémentaire (8,1 %) font 5 765 €, CSG-CRDS (9,7 %) 2 153 €, maladie (4,77 %) 1 059 €. Avec l'invalidité, les indemnités journalières et 120 € de CFP : 9 497 €.

Déductibles sauf 2,9 % de CSG-CRDS, elles ramènent le bénéfice imposable à 21 147 € : 1 050 € d'impôt brut, 628 € après décote. Il vous reste 19 875 €, soit 1 160 € de moins qu'en micro. Le réel ne l'emporte que si vos frais dépassent 50 % du CA ou si vous amortissez un gros investissement.

Le piège de la première année : l'Urssaf ne connaît pas encore votre revenu. Elle appelle des cotisations provisoires sur 9 131 € (19 % du PASS de 48 060 €), soit 3 593 € avec la CFP. Les 5 904 € manquants sont régularisés en 2027, en plus des provisionnels de l'année. Provisionnez-les dès le premier mois.

Cas 3 : option IS, 1 500 € d'impôt et une rémunération à arbitrer

À l'IS, la rémunération que vous vous versez devient une charge de l'entreprise. Supposons une enveloppe de 20 000 € : 6 122 € de cotisations TNS, 13 878 € nets pour vous. Le bénéfice restant, 10 000 €, supporte l'IS au taux réduit de 15 % jusqu'à 42 500 € (25 % au-delà) : 1 500 €. Votre rémunération, imposée en traitements et salaires après l'abattement de 10 %, laisse un impôt nul après décote.

Les 8 500 € conservés ne sont pas à vous : en dividendes, la fraction supérieure à 10 % du bénéfice net subit les cotisations TNS, puis la flat tax. L'IS impose une comptabilité complète (déclaration 2065, relevé 2572) et un expert-comptable à 1 200-2 500 € par an, qui absorbe l'avantage.

Notre conseil : réservez l'IS au-delà de 40 000 € de bénéfice, quand vous réinvestissez. L'option se prend à la création ou dans les 3 mois suivant la clôture du premier exercice, fait sortir du régime micro et n'est révocable que pendant 5 exercices.

Quand payez-vous l'impôt et les cotisations la première année ?

C'est le décalage des échéances qui crée les tensions de trésorerie :

  • J+90 après la création : première déclaration de CA à l'Urssaf en micro, mensuelle ou trimestrielle ; cotisations et VFL payés dans la foulée. Un CA nul se déclare quand même.
  • Avant le 31 décembre 2026 : déclaration 1447-C pour la CFE, exonérée l'année de création puis calculée sur une base réduite de 50 % en 2027.
  • Mai-juin 2027 : déclaration des revenus 2026 sur la 2042 C PRO, en ligne, même en VFL ; au réel, liasse 2033 ou 2035 début mai.
  • 15 mai 2027 : solde de l'IS pour un exercice clos le 31 décembre ; aucun acompte tant que l'IS reste sous 3 000 €.
  • Septembre à décembre 2027 : solde de l'IR 2026 prélevé en 4 fois s'il dépasse 300 €, puis acomptes mensuels du prélèvement à la source.
  • Les 4 erreurs qui faussent le calcul de la première année

    Confondre chiffre d'affaires et revenu : 40 000 € encaissés en micro ne laissent que 21 035 € après frais, cotisations et impôt. Choisir le VFL par réflexe alors que l'impôt au barème est nul ou faible. Oublier la régularisation sociale N+1 au réel, qui dépasse ici 5 900 €. Croire que l'ACRE divise toujours les cotisations par deux : depuis le 1er juillet 2026, l'exonération tombe à 25 %.

    Votre situation sort de ces hypothèses (couple, activité mixte, location meublée) ? Ces cas concrets de création et de fiscalité sont traités dans les questions d'entrepreneurs sur List Company.

    Pour refaire le calcul avec votre activité, la fiche officielle du régime micro-fiscal sur Service-Public Entreprendre donne les abattements, le minimum de 305 € et les taux du VFL en vigueur.