Pour choisir son statut juridique, quatre questions suffisent, dans cet ordre : seul ou à plusieurs, charges face à l'abattement micro (plafonds 2026 : 83 600 € en services, 203 100 € en vente), mode de rémunération, patrimoine et investisseurs. Le bon choix se mesure aussi à son coût de sortie : 200 € de frais (2 700 € en moyenne avec conseils) pour accueillir un associé en EURL ou SASU, plus de 2 000 € pour une transformation.
Question 1 : serez-vous seul ou à plusieurs, aujourd'hui et dans trois ans ?
Seul, vous avez trois options : l'entreprise individuelle (EI), en micro-entreprise ou au régime réel, l'EURL et la SASU. À plusieurs, le choix se resserre sur la SARL (2 à 100 associés) et la SAS.
Raisonnez à trois ans. Une EI ne s'ouvre jamais à un associé : l'arrivée d'un partenaire impose de créer une société. À l'inverse, une EURL devient SARL et une SASU devient SAS par simple modification des statuts, sans changer de forme juridique ni de numéro SIREN.
Erreur fréquente : démarrer en micro-entreprise « en attendant » un associé déjà identifié. Vous cessez l'EI puis payez une nouvelle immatriculation (58,86 € au RCS, hors annonce légale et statuts), contre 200 € pour faire entrer un associé en SASU, et changez de SIREN.
Question 2 : vos charges dépassent-elles l'abattement de la micro-entreprise ?
En micro-entreprise, les cotisations sont proportionnelles au chiffre d'affaires : 12,3 % en vente, 21,2 % en prestations BIC, 25,6 % en BNC depuis le 1er janvier 2026. Les plafonds valent pour 2026 à 2028 ; vous n'en sortez qu'après deux années civiles consécutives de dépassement.
Vos frais réels ne sont jamais déduits : l'impôt s'applique après un abattement forfaitaire de 34 % (BNC), 50 % (BIC services) ou 71 % (vente), les cotisations sur la totalité du chiffre d'affaires. Dès que vos charges réelles dépassent l'abattement, le régime réel en EI, EURL ou SASU devient plus rentable.
Exemple : une consultante en BNC facture 60 000 € et supporte 22 000 € de charges. Son abattement (20 400 €) reste inférieur à ses frais. Elle paie 15 360 € de cotisations calculées sur 60 000 €, soit 40 % de son bénéfice réel de 38 000 €.
Ne confondez pas plafond micro et franchise de TVA. Au-delà de 37 500 € de prestations (41 250 € en seuil majoré) ou de 85 000 € de ventes (93 500 €), vous facturez la TVA tout en restant micro-entrepreneur. La loi n° 2025-1044 du 3 novembre 2025 a abandonné le seuil unique de 25 000 €.L'ACRE allège moins le démarrage : créé depuis le 1er juillet 2026, le micro-entrepreneur paie 75 % du taux normal, contre 50 % auparavant.
Question 3 : EURL ou SASU, combien coûtent 3 000 € nets par mois en TNS et en assimilé-salarié ?
Le gérant associé unique d'EURL et le gérant majoritaire de SARL sont travailleurs non salariés (TNS), affiliés à la SSI. Le président de SAS ou SASU est assimilé-salarié (article L311-3 du Code de la sécurité sociale). À revenu égal, l'écart dépasse 10 000 € par an.
3 000 € nets par mois EURL (gérant TNS) SASU (président assimilé-salarié) Cotisations annuelles 16 700 € (46 % du net) 27 300 à 29 500 € (76 à 82 % du net) Coût total pour la société 52 700 € 63 300 à 65 500 € Cotisations sans rémunération 1 135 € minimum par an 0 € Retraite SSI, droits plus faibles Régime général + AGIRC-ARRCO Dividendes Cotisations TNS au-delà de 10 % du capital et du compte courant Flat tax 31,4 %, sans cotisationsLes dividendes rebattent les cartes : en EURL à l'IS, avec 5 000 € de capital et 15 000 € en compte courant d'associé, 10 000 € sur 12 000 € distribués supportent les cotisations (article L136-3 du même code). En SASU, ils subissent seulement les 31,4 % (12,8 % d'impôt, 18,6 % de prélèvements sociaux).
Notre conseil : salaire régulier dès la première année, prenez l'EURL. Rémunération faible au démarrage puis surtout en dividendes, prenez la SASU : le président sans salaire ne cotise pas.Erreur fréquente : oublier la régularisation du TNS. La première année, il cotise 3 473 € sur une base forfaitaire de 9 131 € ; l'Urssaf régularise l'année suivante sur le revenu réel.
Question 4 : faut-il protéger un patrimoine ou accueillir des investisseurs ?
Depuis la loi du 14 février 2022, le patrimoine professionnel de l'entrepreneur individuel est séparé d'office de son patrimoine personnel. Cette protection tombe en cas de fraude ou de manquement fiscal ou social grave. En société, la responsabilité se limite aux apports, sauf faute de gestion.
Levée de fonds, actions de préférence et BSPCE supposent une SAS. La SARL, dont la cession de parts exige l'agrément des associés, convient aux projets familiaux. L'impôt sur les sociétés à 15 % jusqu'à 42 500 € de bénéfice, puis 25 %, favorise la société dès que vous réinvestissez vos bénéfices. Exemple : 40 000 € de bénéfice laissés en société supportent 6 000 € d'IS (15 %) ; en EI au réel, impôt sur le revenu et cotisations frappent la totalité.
Erreur fréquente : croire que la société ou l'EI protège vos biens alors que vous signez une caution personnelle pour le prêt bancaire : elle engage votre patrimoine privé.
Combien coûte un changement de statut juridique après la création ?
Quitter la micro-entreprise n'est pas une transformation : c'est une création suivie d'une cessation.
Passage Nature juridique SIREN Coût et contraintes Micro-entreprise → EURL ou SASU Création de société + cessation de l'EI Nouveau Frais de création, dernier chiffre d'affaires déclaré sous 60 jours, commissaire aux apports au-delà de 30 000 € ou 50 % du capital EURL → SARL, SASU → SAS Modification des statuts Conservé 200 € de frais administratifs, 2 700 € en moyenne avec avocat et expert-comptable EURL → SASU, SARL → SAS Transformation de société Conservé Commissaire à la transformation, greffe 188,81 €, annonce légale 100 à 250 €, enregistrement 375 à 500 €, 2 000 à 5 000 € avec conseilsProcédure : décision d'associé ou assemblée extraordinaire, annonce légale, dépôt au guichet unique de l'INPI dans le mois. Pour tout savoir sur la création d'entreprise, un guide détaille chaque démarche, du statut à la cessation, avec modèles et chiffres à jour.
Confrontez enfin vos réponses à la fiche « Choisir la forme juridique de votre entreprise » de Service Public Entreprendre, puis simulez votre net sur Mon-entreprise (Urssaf).